EMI DE SANDRA BÖEGLY - PARTIE I

J’ai rencontré Sandra en automne 2019 lors d’une réunion concernant les états modifiés de conscience à Genève, à l’Institut Suisse des Sciences Noétiques (ISSNOE)[1]. J’y participais en tant qu’étudiante pour découvrir des témoignages et récolter des informations. Sandra était là pour raconter l’expérience de mort imminente qu’elle a vécue juste après la naissance de sa fille, il y a dix-huit ans. Elle m’a accordé l’immense privilège de me confier son témoignage et a accepté de le publier sur mon site. 

Les faits se sont produits le 11 mai 2001, un jour après la mise au monde de ma fille Sarah. J'étais allongée sur mon lit, fortement anémiée. Il ne m'était donc pas conseillé de me lever. J'éprouve toutefois le besoin de passer aux toilettes et je demande à mon conjoint de m'y accompagner mais je n'aurai pas le temps d'arriver jusque-là. Je tombe inanimée dans un état syncopal.

J'observe mon corps adossé contre le mur. Je suis à 80 centimètres du sol, face à lui. Je suis très étonnée de me retrouver là ! Quand suis-je sortie de mon corps ? Je virevolte dans la pièce dans un nouveau corps, plus éthéré. Je peux observer mon compagnon complètement affolé au-dessus de mon corps physique, rejoint très vite par l'infirmière prise par un sentiment d'urgence. Je ressens leur stress, j'entends leurs pensées et explore leurs interrogations respectives.

L'anxiété est palpable.

Je suis traversée par le poids de leur anxiété. Anxiété à laquelle je ne m'identifie pas puisque mon état est détaché, apaisé. Leur champ de conscience est perméable et m'est totalement accessible. Je traverse chacun d'eux, chacune de leur émotion, de leur pensée. Je me sens si bien, je peux les observer tout à mon aise. Quelle légèreté, si joyeuse, libre. Libérée d'un vrai poids, celui de l'incarnation. Tout est moins important, conséquent. J'ai déjà quitté en grande partie ma conscience terrestre. Je m'interroge pendant que je découvre avec émerveillement l'accès à cet autre plan qui s'ouvre à moi, cet autre fonctionnement.

Et c'est tout à mon aise que je vais observer ce qu'il se passe ensuite.

Ils allongent mon corps en lui relevant les jambes afin que le sang remonte au cerveau. Je ressens leur attente pressante, une réaction de ce corps. Je ne comprends pas leur inquiétude, je vais si bien. Ce n'est que mon corps, je suis là moi ! Un dernier coup d’œil à cet espace et voilà que je rentre dans une nouvelle phase.

Je suis tirée par la nuque à une vitesse prodigieuse. Je me sens partir très très loin jusqu'à arriver dans un espace lumineux blanc, tellement brillant sans être aveuglant. Je constate que je vois sans mes yeux de chair. Je vois parfaitement. Je baigne dans cette Lumière. Je vibre avec elle. Nous ne sommes qu'une.

Quelque chose de profond en moi reconnaît cet endroit. Une reconnexion avec cet environnement, cette conscience s'opère. Une sensation réelle de déjà vu. Je me rappelle. Je suis issue de cette matrice. Cet endroit est vivant. C'est la vie condensée à l'état pur. Elle est intelligente, vive, rapide.

Mécaniquement, j'observe mon corps pour voir s'il n'a pas subi de dégradations suite à ce voyage. Là, je découvre un corps incroyablement lumineux composé de milliard de particules. J'observe mes jambes, plutôt surprise de voir qu'elles ont un contour mais que mes pieds ne sont pas formés. À peine esquissés. Je regarde ma main. Une main constituée d'énergie, comme le reste. Je peux voir chaque particule qui la compose. J'aimerais comprendre ce que sont ces particules. N'en voir qu'une seule pour l'étudier. Immédiatement, je suis projetée dans celle-ci. Je n'ai aucun effort à faire pour l'observer. Je suis devenue la particule, s'observant parmi les autres particules. Rien ne les lie hormis le vide. J'absorbe toutes les données de cette observation. J'apprends de chaque chose que j'expérimente.

Un vrai sentiment de joie m'envahit. Je constate que je n'ai plus de limite. Je peux voir, demander tout ce que je veux. Je peux savoir en un instant tout sur tout. Je suis le tout. J'ai accès à la connaissance infinie ! Je m'interroge… j'ai la réponse. C'est extraordinaire ! Vibrant. Je suis l'énergie, je ne fais qu'une avec elle tout en manifestant ma propre volonté. Je me déplace à la vitesse de la pensée. Quel soulagement ! Finies les perpétuelles interrogations et quêtes sans fin. Une lumière magnifique, intelligente et vibrante infuse à travers moi et m'enseigne à une vitesse phénoménale.

Je suis à un niveau vibratoire très élevé. Tout va très vite, c'est l’hyper-vie. Je suis si vivante. J'ai accès à toute la puissance de l'information manifestée. Je résonne avec elle.

Après ce premier échange intelligent avec la lumière et ces premières observations, je ressens sur le côté gauche une présence qui attire mon attention. Je n'ose pas lever le regard tout de suite puis petit à petit, prudemment, je remonte le long de cette présence jusqu'à arriver face à ce visage qui m'observe.

Je découvre un visage jeune, sans aucun défaut laissé par le temps, baigné d'un amour insondable qui me contemple et me sourit.

C'est impossible... Je suis stupéfaite. Je ne comprends pas. Pourtant je reconnais parfaitement le visage de ce jeune homme qui m'observe. C'est mon jeune frère décédé l'année passée. Je prends encore un moment pour réaliser que c'est bien lui. C'est impossible et pourtant il n'y a aucun doute.

C'est alors que me reviennent en mémoire, toutes les circonstances de son accident. Je me rappelle... ces visions de sang sur ce pare-brise, cette boule de métal broyée, ce sentiment de chaos que j'avais ressenti une semaine avant sa mort. Cette conviction qu'il mourrait cette semaine. Ce terrible accident de voiture qui était venue confirmer ces visions. Tout me revenait en mémoire... J'en avais gardé une lourde culpabilité, une incertitude : et si j'avais influencé ces événements dramatiques ? Ces visions étaient-elles en partie à l'origine de sa mort ?

Je ressens tout le poids de cette culpabilité remonter. Elle était restée silencieuse, terrée au fond de moi.

C'est remplie de culpabilité et broyée à nouveau que j'entends pour la première fois, par télépathie la voix de mon frère s'adresser à moi. Une voix claire et limpide. Sa voix :

"‑ Ce n'est pas de ta faute."

J'observe son visage chaleureux, si paisible, me sourire. J'hallucine ? Ai-je bien entendu ? Il communique avec moi par télépathie. Sa bouche n'a pas bougé. Sa voix résonne mentalement. Je ne peux pas l'ignorer.

Comment peut-il être au courant de ce passage de ma vie ? Il était mort... parfaitement mort !

Mais alors, qu'est-ce que la mort ?

Jusque là et de ce que j'en observais, c'était la vie. Plus forte, plus intense.

Parallèlement, mon cerveau ne fait qu'un tour. Je comprends instantanément que si je peux communiquer avec mon frère qui est parfaitement mort, c'est que je suis morte.

Et pourtant, avais-je influencé sa mort ?

J'entends à nouveau sa voix qui me répète avec beaucoup de sérénité :

"‑ Non. Tu n'y es absolument pour rien." Là, cette vérité me traverse et je ressens toutes mes peurs, mes doutes, toute ma culpabilité s'envoler. Il n'y a plus aucun doute. Je ne sais pas encore pourquoi mais je sais que c'est la vérité. Je n'y étais pour rien.

Comment est-ce possible ? La fatalité existe-t-elle ?

Il précède ma question en attirant mon attention. Il projette une vision dans mon mental.

Un ensemble d'engrenages fins, en mouvement et d'une perfection absolue, tous imbriqués les uns dans les autres, évoluant tous ensemble. Parfaitement coordonnés. Il me montre l'un d'entre eux et m'explique que celui-ci le représente.

Ma vision zoome dessus.

Cet engrenage composé de plusieurs petites dents représente les grandes phases dans la vie d'un humain. La naissance, les épreuves, le mariage, mais aussi la mort. Le parcours d'une vie.

Il m'explique également qu'il ne m'appartient pas, à mon niveau, de comprendre la cohérence de cet ensemble. Mais qu'il est fondamental d'accepter pour le plus grand bien de tous le retrait de l'un d'entre eux. L'âge de l'individu et les circonstances de son départ ne sont que des paramètres liés à notre vision matérialiste. Je ne dois pas chercher à comprendre pourquoi cette matrice intelligente, dans laquelle je baigne à ce moment-là, retire un engrenage pour permettre aux autres d'évoluer dans un certain sens. Je comprends tout cela avec une facilité déconcertante. Tout cela me paraît indiscutable et plein de bon sens. Une horlogerie incroyablement précise. Il me précise que chaque personne est retirée au moment le plus juste de son incarnation. Pas UNE seconde avant, pas UNE seconde après. Une personne retirée c'est aussi la possibilité d’évolution du groupe environnant. Je suis convaincue. Je ne remets pas une seule seconde cette vérité en doute. Je comprendrai plus tard. Je suis impressionnée par cette facilité de communication entre nous. Tout m'est enseigné par image.

Me vient alors une autre question à laquelle il répond instantanément.

Comment ai-je pu pressentir sa mort ?

Avec la même logique implacable, il me montre au travers d'une autre projection mentale comment j’obtiens ces informations.

Cette capacité à voir s'active dans une certaine configuration émotionnelle. Une personne en difficulté et qui me demande de l'aide, convoque certaines ressources chez moi. Le stress me projette en état de conscience modifié, une transe légère. La bascule s'opère. Le monde matériel s'efface laissant la place à cet espace neutre. L’affect et toutes considérations disparaissent. Je disparais. Je deviens un outil de traduction entres les deux dimensions.

Apparaît alors une frise chronologique représentant l'humain en question.

Je l'ouvre comme une fenêtre sur rail, je me penche et observe dans sa rivière d'hyper-vie faite d'énergie pure, des informations qui remontent par contraste. Ces informations provoquent des sensations qui produisent des images à ma conscience et m'informent de ce qu'il va se manifester dans la réalité de la personne. Je dois traduire ces données dans un langage compréhensible pour mes congénères.

Il m'explique clairement que je ne peux en aucun cas modifier cette chronologie. Je ne suis qu'une observatrice, un outil entre ces deux plans. La traductrice pour les incarnés.

Cette fois-ci c'est limpide ! Si je n'ai pas d'influence sur sa chronologie, je n'ai pas provoqué sa mort ! Il me confirme que cela relève uniquement de cette énergie bienveillante et intelligente dans laquelle nous baignons lui et moi.

En ressortant de cette projection, je m'aperçois que je peux observer l'endroit où je me trouve de tous côtés, tout en même temps. Il n'y a pas de haut, pas de bas. Pas de droite ni de gauche. Je peux tout observer simultanément sans même me déplacer, j'ai une vision à 360°. Si je veux observer quelque chose en particulier j'ai juste à le vouloir pour me retrouver dans la chose, ou la chose elle-même, mais aussi à l'endroit souhaité.


[1] ISSNOE (Institut suisse des sciences noétiques) est une fondation basée à Genève consacrée à l’étude de la conscience, aux états modifiés de conscience non-ordinaires et à la recherche scientifique à ce sujet.